08.02.2016

La langue parfaite 1/9

La première édition du livre de Frances Allen « Sommes-nous tous des malades mentaux ?: Le normal et le pathologique » apparaît en Espagne en Septembre 2014. Sur la couverture arrière du livre, il nous dit qu'il a remporté le prix pour le livre le plus controversé de l'année par le magazine allemande Bild der Wissenschaft.

Ce qui le rend si controversé? Frances Allen, psychiatre et président du comité DSM IV, a écrit ce livre pour avertir des dangers de diagnostic de l'inflation de la maladie mentale que le DSM ont été créés le long de ses éditions. Aujourd'hui, dans le cinquième, Frances donne un cri d'alarme, accusant cette inflation et met en garde contre le danger de l'hyperinflation.

 

 

 

 

L’acronyme DSM signifie Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Il est un manuel parrainé par l'APA (American Psychiatric Association). Pour Frances, ce manuel était à l'origine essentielle à la psychiatrie car elle a permis de systématiser le diagnostic et le traitement des troubles mentaux. Selon Frances, la psychiatrie avant le début de DSM était «une forme pure de l'art." Avec la troisième édition, publiée en 1980, la psychiatrie est sauvée, il est donné un nouveau statut scientifique qui permet enfin de trouver sa place dans le discours médical, loin des idiosyncrasies et le chaos qui le caractérisait.

 

Le manuel a été affiné au point qu'il est devenu une langue parfaite et sans faille, mais déconnecté de la réalité du patient, le laissant sans protection, à la merci de ses propres problèmes et qui dépend d'un diagnostic que déresponsabilise, en pouvant convertir celui qui est normale en des symptômes pathogènes. Ils donc peuvent être sensibles à un traitement psychopharmacologique clairement inapproprié.

Tout comme le DSM III a été une révolution, qui a remporté renverser la Egopsychology psychanalytique, son évolution vers un outil statistique implacable a fait en 2013, avec la publication du DSM V, qui a été apparue une crise autour du Manuel, qui marque le début de son involution.

Qu'est-ce que les responsables des éditions précédentes de la DSM disent, qui nient la dernière disent? Robert Spitzer, fondateur du projet DSM, critique en particulier le processus bureaucratique de la rédaction du DSM V. Nancy Andreasen, l'unE des gestionnaires de DSMIII met en évidence les effets nocifs d'un manuel qui est devenu la référence dominante en psychopathologie.

Sa proposition pour y remédier est de revenir au sens d'être fidèle à la description du symptôme, repoussant le DSM dans une perspective phénoménologique; initiative certainement louable, mais difficile à mettre dans le contexte biopolitique d'aujourd'hui.

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