30.12.2020

Le genre interrogé

Le signifiant TRANS-genre pourrait être pensé comme un symptôme de notre temps, qui interroge et interpelle fondamentalement le binaire masculin/féminin, questionnant les structures sexuelles subjectives par excellence: l'homo-sexualité et l'hétéro-sexualité.

S’identifier au  mot "TRANS" implique un passage, passer d'une identification trouvée à une autre recherchée ou, plus encore, se situer comme TRANS peut aussi impliquer de sortir du binarisme lui-même que la loi des sexes ordonne. 

Pour s'orienter un peu plus dans le labyrinthe du choix du sexe en TRANS, on s'arrêtera à ce qui se joue chez un Transsexuel et un Transgenre car, malgré le fait que tous deux dénoncent leur désaccord avec le genre qui leur a été donné de leur sexe, leurs conclusions sont assez différentes.  D’une part, le transsexuel reconnaît la différence sexuelle et l'interprète avec des critères phalliques lorsqu'il parvient à la conclusion que pour résoudre le problème, le sexe devrait être changé. En outre, le transgenre admet d'autres interprétations et accepte son corps, le réinventant sans avoir à subir une intervention chirurgicale. Et finalement, certains optent même pour une sorte de limbe qui leur permet de se concentrer sur une indétermination de genre. 

Le TRANS le plus radical, on pourrait dire qu'il questionne le fonctionnement du genre binaire en tant que tel. Judit Butler dans ses “Bodies that Matter. Sur les limites matérielles et discursives du “sexe”, se penche sur ces questions et considère que tant le sexe que le genre sont déterminés par la culture. Il n'y a pas de nature naturelle, ni de destination qui guide l'identité dès le départ. En réduisant la question, le transsexuel transformerait le problème de l'identification sexuelle en un «problème naturel» en utilisant la science qui promet d'accéder à l'identité désirée, tandis que le transgenre transformerait le problème de l’indentification en “problème culturel”. 

Les théoriciens “Queer” réinventent les études de genre en utilisant le concept de transgenre ou, si vous voulez, du « troisième sexe » pour continuer à affirmer que c'est la culture qui détermine le sexe et le genre, étant alors, en fin de compte, la culture qui dicterait les identifications.

Dans le discours populaire, la culture serait cette partie héritée de l'identité qui ne peut et ne doit pas être perturbée alors que le naturel peut être manipulé et, par conséquent, libre de choix et, comme tout choix, il faut être responsable de ce qui est choisi. Lacan, dans le XX séminaire "Encore", a démantelé le binaire homme/femme car, après tout, la "différence sexuelle" n'implique pas que l'on sache en quoi consiste cette différence. Le fait qu'il existe des corps sexués n'implique pas que le corps sexué masculin doive être identifié avec des valeurs imaginaires masculines, ni qu'il devrait en être ainsi avec le corps sexué féminin.

L'opposition entre nature et culture ne semble donc pas être le meilleur cadre pour sortir du carrefour sexe/genre. Ce qui compte vraiment, c'est ce que le sujet fait du choix du sexe. Ni science ni culture, donc, il n'y a d'autre possible universel que le choix forcé et inconscient de la jouissance, qui par conséquent fait de ce choix un mode particulier de jouissance. Nouveaux discours, différents types de penchants et d'identités sexuelles… dans quelle mesure seraient-ils flexibles, changeants et dépendants du choix du sujet?

Laissant de côté la partition des sexes, il peut être apprécié de plusieurs manières. Sans normalité imposée, il devient difficile d'ordonner l'anarchie des formes imaginaires dans lesquelles se manifeste la jouissance instinctive. Mais la question de l'identification sexuelle ne concerne pas vraiment les ordres et les hiérarchies, car il s'agit de la jouissance, jouissance primaire déterminée par le choix de l'objet sur lequel le sujet va construire ses propres scénarios. Il faudrait alors réfléchir à la question à partir de la logique de la sexuation afin d'éclairer dissiper davantage ce qu'implique le questionnement du genre, ne pas vouloir connaître la différence sexuelle.

Helena Valldeperes

 

 

 

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